Coralie Salaün (auteur photographe et pédagogue) et Flavie Piriou (maman et webmaster) ont rédigé une Charte de la bientraitance et l’ont proposée à leur Maire.
Le 23 novembre 2015, la ville a accepté de l’instruire et, avec le soutien de plusieurs élus, les deux jeunes femmes se préparent à la faire voter lors d’un conseil municipal.
Elles espèrent ainsi donner l’impulsion à d’autres villes afin que celles-ci s’engagent également à respecter l’appel du conseil européen des Droits de l’Homme à bannir toute forme de violence à l’égard des enfants.

Si la loi ne part pas « d’en haut », c’est de manière locale qu’elle pourrait bien se généraliser ! Croisons les doigts (et allons rencontrer nos élus !)

Si vous souhaitez apporter votre soutien à cette démarche, une pétition a été lancée sur la plateforme Avaaz afin de lui donner plus de poids lors du vote prochain.

 

Coralie, Flavie, pouvez-vous nous parler de votre démarche, de la manière dont vous est venue cette idée de Charte de la bientraitance ?

Coralie – Dans le cadre d’un projet artistique, j’ai l’occasion d’échanger et de rencontrer quelques personnes admirables qui œuvrent à leur manière pour préparer la paix, en France, en Belgique, en Suisse, en Suède… C’est très inspirant ! On m’a parlé d’un abécédaire de la bientraitance mis en place par Arnaud Deroo dans la ville de Lambersat. Je suis allée voir ce qu’il avait fait et j’en ai parlé à Flavie. J’ai pensé qu’à défaut d’une loi nationale, il y avait certainement des choses à entreprendre au niveau local. Ma première idée était un « traité de la bientraitance ». Nous avons parcouru les traités signés au fil de l’histoire. Puis, nous avons parcouru la liste des villes jumelées avec Rennes, dans des pays ou l’interdiction de toute violence à l’égard des enfants est déjà acquise. Nous songions d’abord à un échange entre deux villes, avec des lois et des regards différents. Mais, finalement, nous avons pensé à cette « charte de la laïcité » affichée dans les écoles et imaginé en accrocher une autre, toute aussi importante à nos yeux ; celle de la bientraitance ! Je me souviens alors que nous avons trouvé 12 mots et que, chacune dans notre coin, nous avons écrit, à partir de notre vécu et nos acquis. Nous avons une écriture très complémentaire et, à la lecture, les paragraphes ont pris forme.

Quels types de réactions avez-vous rencontré lors de vos échanges avec vos interlocuteurs ?

Flavie – Les réactions sont très positives et encourageantes. La ville semble déjà sensibilisée sur ce sujet et accueille ce projet avec enthousiasme. Nous avons hâte que les rendez-vous s’enchaînent afin de voir le projet prendre forme !

Coralie – Rennes est une ville déjà bien engagée dans l’éducation. Notre charte à reçu un bon accueil. Nous étions à quelques jours des attentats de Paris et d’une déclaration de guerre par le gouvernement. Le climat était tendu. Ce qui a donné à notre action encore plus de sens. Pour moi, c’est aussi une responsabilité citoyenne. On nous a proposé de rejoindre des groupes, associations, textes, missions déjà existantes mais ça me paraît important de conserver l’indépendance de cette démarche. Parce que c’est aussi faire passer le message que tout un chacun peut avoir une idée et la porter à sa manière ou il le souhaite ! C’est encourager la puissance que nous avons en chacun de nous !

Comment s’est passée la rédaction ? Quels points vous semblaient nécessaires à faire valider par la municipalité ?

Flavie – En ce qui concerne la rédaction nous avons d’abord choisi des mots-clés positifs et qui nous semblaient important dans « l’éducation » ; comme « Amour inconditionnel », « Empathie », « Valorisation »… puis nous avons trouvé une définition sur la façon de les comprendre en tant que parents afin d’améliorer les relations parents/enfants pour des rapports plus justes et sereins. Nous nous sommes limitées à 12 mots les plus importants à nos yeux. Ce qui nous permettra par la suite, de créer pourquoi pas des affiches les regroupant tous, à placarder partout !
Tous les points sont importants, cependant nous avons à cœur que la municipalité valide le fait de bannir toute forme de violence (fessées, gifles, tapes, humiliation, insultes…), c’est primordial ! Même si elle va à l’encontre du « droit de correction » encore en vigueur, malheureusement, dans notre pays. Ainsi cette charte affiche clairement la volonté d’une loi sur l’interdiction totale des châtiments corporels et de toute violence tant physique que psychologique.

Coralie – Le point « amour inconditionnel » me paraît essentiel. C’est le tout premier. Un enfant qui grandit sans avoir entendu « je t’aime comme tu es et je t’aimerais toujours » c’est terrible ! Mais, il n’y a pas de miracle, pour aimer un enfant, il faut s’aimer soi-même ou, à défaut, apprendre à s’aimer soi-même ! C’est ce que le dernier point souligne par la transmission. Je pense que tous ces points peuvent aussi s’appliquer à l’enfant que l’on porte tous en nous ; celui que l’on a été. Il me tenait à cœur aussi de souligner le positif, la douceur, la créativité. Et la frustration que pouvaient engendrer notre rythme effréné et les écrans de télévisions, téléphones et ordinateurs.

Quelle portée pensez-vous que cela puisse avoir sur les activités de la ville ? Sur les habitants ?

Flavie – Si la charte est signée par la ville, il y aura un événement médiatique important et des actions mises en place autour. Tout est imaginable : plus de lieux d’accueil et d’ateliers de parents que la ville pourrait nous aider à mettre en place, des affiches de la charte dans les lieux accueillant des enfants, permettant ainsi de la faire connaître aux habitants, parents, enseignants…
Nous espérons que cette charte touchera la population Rennaise, que les habitants l’adopteront, conscients qu’un changement du modèle éducatif est nécessaire. Qu’ils puissent, pas à pas, prendre conscience puis trouver l’aide nécessaire à ce changement. Nous pourrions mettre en place un accompagnement destiné aux parents, pour leur permettre de mieux comprendre leurs enfants et ainsi leur offrir une base solide, un réservoir d’amour qui leur donnera l’impulsion pour être des adultes heureux et épanouis.

Coralie – Je sais déjà que beaucoup de jeunes parents de Rennes (et d’ailleurs !) qui travaillent à une relation harmonieuse avec leur enfant y trouveront un encouragement, une validation ou une reconnaissance !! Ce n’est pas rien ! Ils en ont besoin ! Je côtoie beaucoup de parents qui n’ont pas été aimés dans leur enfance et qui travaillent sur leurs manques, pour pouvoir donner le meilleur à leurs enfants ! Pour moi, ce sont de véritables héros et on n’en parle pas assez !
Il ne s’agit pas d’être un parent parfait ! Mais un parent conscient, qui accueille la remise en question plus sereinement, qui cherche à faire différemment. C’est absolument nécessaire de voir fleurir des lieux qui offrent une écoute réelle aux difficultés et frustrations que peuvent vivre les parents et qui leur apportent des solutions concrètes. Beaucoup aimeraient faire mieux mais manquent de soutien, de moyens, de confiance. Adopter cette charte, c’est reconnaître les besoins qui en découlent !
J’imagine aussi que cette « Charte de la bientraitance » pourrait être le point de départ de créations, de travaux, au sein des écoles.

Avez-vous des projets futurs en vue ? Un souhait pour la suite de cette démarche ?

Flavie – La mise en place d’ateliers, aidés par la ville, pour aider les parents à trouver des alternatives à l’éducation classique (incluant fessées, gifles, punitions…). Nous comptons sur l’effet boule de neige pour donner l’impulsion à d’autres citoyens souhaitant faire de même dans leur ville.
J’ai personnellement également un projet de guide à destination des parents. Les découvertes en neurosciences nous donnent d’avantage de clés pour comprendre l’enfant, ses besoins, émotions, ressentis…
Sans le décodeur, c’est parfois compliqué et alors, on entre dans un rapport de force perpétuel… Ce guide aurait pour but de leur donner des bases, des connaissances, afin de mieux comprendre et accueillir les besoins et émotions de leurs enfants qui sont en construction et n’ont pas le même cerveau que nous.

Coralie – Que d’autres personnes prennent le relais pour proposer cette charte à leur propre ville !!! Que pleins de villes la votent… et respectent ainsi l’appel du conseil européen des droits de l’homme à bannir toute forme de violence à l’égard des enfants ! C’est la base ! Épargner la violence aux enfants, c’est un minimum !

Pouvez-vous vous présenter brièvement ?

Flavie – Je suis maman de deux enfants. J’ai pris conscience de l’importance de changer notre façon de voir l’enfant vers les 18 mois de mon premier enfant. L’importance d’un maternage plus proximal, la prise en compte des capacités de son cerveau… J’ai donc lu, lu et relu des livres sur la construction du cerveau de l’enfant, sur l’importance de l’écoute et l’accueil des besoins, des émotions, de plus d’égalité dans les rapports parents/enfants. J’ai découvert petit à petit que la domination de l’adulte sur les enfants (l’idée que les parents décident et que l’enfant DOIT obéir) n’amenait jamais la sérénité dans les foyers et que la coopération, l’écoute et le respect avaient plus de chance de faire de mes enfants des adultes respectueux des autres, d’eux-mêmes et de leur environnement : empathiques, curieux et surtout le plus important, libres et heureux !

Coralie – auteur photographe, je réalise des projets artistiques. Chacune de mes créations mêle l’écriture et la photographie et vient rendre compte d’un travail de fond. Engagée dans la défense des droits de l’enfant, je mène également des projets pédagogiques en milieu scolaire, pénitencier, foyers éducatifs et, actuellement, le projet « les enfants fichus », exposé en avril prochain au Carré d’Art de Chartre de Bretagne. Un travail qui présente 26 mises en scène d’enfants confrontés à un danger et des lettres de personnalités engagés dans la non-violence, « faiseurs de paix », qui ont prêté leur plume bienveillante au projet (Jacqueline Cornet, Arnaud d’Ansembourg, Marion Cuerq, Brigitte Al Andaloussi, Arno rafael Minkkinen…).

Une démarche développée via le site parentsaparents
Et des projets lumineux partagés via https://www.facebook.com/violenceeducative/

[Image d’entête issue du site www.wikiwand.com]