En 2015, Coralie Salaün (auteur photographe et pédagogue artistique ) et Flavie Piriou ( assistante maternelle) ont rédigé une Charte de la Bientraitance et l’ont proposée en 2017 à Bretagne Porte de Loire communauté.

Cette communauté de communes a accepté de porter leur Charte et de l’insérer dans le projet « Pour les enfants…pour être heureux ; la bientraitance », devenant ainsi territoire pilote de la bientraitance entre 2017 et 2020, avec comme référente sur le territoire, Corinne Bienaimé, chargée de mission auprès de la petite enfance, et Gilbert Ménard, élu à l’enfance.

Elles espèrent ainsi donner l’impulsion à d’autres villes afin que celles-ci s’engagent également à respecter l’appel du conseil européen des Droits de l’Homme à bannir toute forme de violence à l’égard des enfants.

Dans l’attente d’une loi nationale qui parte « d’en haut », c’est de manière locale qu’elle pourrait exister et se compléter !

Le projet sera lancé le 15 mars 2018 au cinéma de Bain de Bretagne, après la diffusion en avant première du film « Même qu’on naît imbattables » de Marion Cuerq et Elsa Moley.

Pouvez-vous nous parler de la démarche, de la manière dont est venue cette idée de Charte de la bientraitance ?

Coralie – Dans le cadre d’un projet artistique de 3 ans, j’ai eu l’occasion d’échanger et de rencontrer quelques personnes admirables qui œuvrent à leur manière pour préparer la paix, en France, en Belgique, en Suisse, en Suède… C’était très inspirant ! J’ai pensé qu’à défaut d’une loi nationale, il y avait certainement des choses à entreprendre au niveau local. Avec Flavie, nous avons songé à cette « charte de la laïcité » affichée dans les écoles et imaginé en accrocher une autre, toute aussi importante à nos yeux ; celle de la bientraitance ! Je me souviens alors que nous avons trouvé 12 mots et que, chacune dans notre coin, nous avons écrit, à partir de notre vécu personnel et professionnel. Nous avons une écriture et un regard complémentaire et, à la lecture, les paragraphes ont pris forme. Ensuite, pendant une année, j’ai affiné l’idée d’un projet expérimental à l’échelle d’une ville. Aujourd’hui, ce qui était une ville pilote dans mon esprit, s’est transformé en 20 communes grâce au soutien et à l’engagement de Corinne !

Flavie – En effet nous avons rédigé la charte de la bientraitance suite à notre volonté commune de faire avancer la cause des enfants. A l’instar de la “Déclaration Des Droits de l’Enfants”, qui liste des droits, nous avons imaginé une liste de besoins primordiaux dans l’enfance.

Quels types de réactions avez-vous rencontré lors de vos échanges avec vos interlocuteurs ?

Flavie – Les réactions sont très positives et encourageantes. La communauté de communes est déjà sensibilisée sur ce sujet et accueille ce projet avec enthousiasme. Quand j’ai rencontrée Corinne Bienaimé à la projection du documentaire “L’Odysseé de l’Empathie”, qui avait été programmé au Sel-De-Bretagne, j’ai fait le lien avec les lettres d’informations pour la petite enfance de la communauté de commune qu’elle rédige et qui, lorsque je me suis reconvertie comme assistante maternelle, m’avait interpellé par leurs ton bienveillant et positif.

Coralie – Nous avons tout de même essuyé quelques refus et lenteurs, avant d’arriver à Bain de Bretagne ! Cela nous a appris à mettre des limites, pour faire respecter notre projet et notre travail !

Comment s’est passée la rédaction ? Quels points de la charte vous semblaient nécessaires à faire valider par la communauté de communes ?

Flavie – En ce qui concerne la rédaction, nous avons d’abord choisi des mots-clés positifs, plus particulièrement des besoins primordiaux dans l’enfance ; comme « Amour inconditionnel », « Empathie », « Valorisation »… puis nous avons trouvé une définition sur la façon de les interpréter en tant que parents afin d’améliorer les relations parents/enfants pour des rapports plus justes et sereins. Nous nous sommes limitées à 12 besoins les plus importants à nos yeux mais beaucoup d’autres en découlent.

Tous les points sont importants, cependant nous avons à cœur que la communauté de communes valide le fait de bannir toute forme de violence (fessées, gifles, tapes, humiliation, insultes…), c’est primordial ! Ainsi cette charte affiche clairement la volonté d’une loi sur l’interdiction totale des châtiments corporels et de toute violence tant physique que psychologique.

Coralie – Le point « amour inconditionnel » me paraît essentiel. C’est le tout premier. Un enfant qui grandit sans avoir entendu « je t’aime comme tu es et je t’aimerais toujours » c’est terrible ! Mais, il n’y a pas de miracle, pour aimer un enfant, il faut s’aimer soi-même ou, à défaut, apprendre à s’aimer soi-même ! C’est ce que le dernier point souligne par la transmission. Il me tenait à cœur aussi de souligner le positif, la douceur, la créativité et la frustration que pouvaient engendrer notre rythme effréné et les écrans de télévisions, téléphones et ordinateurs.

Quelle portée pensez-vous que votre projet « territoire pilote de la bientraitance » puisse avoir sur les habitants ?

Flavie – J’aimerais que les habitants s’emparent de l’expérimentation et qu’elle évolue avec leurs idées et leurs besoins. Ce projet se veut participatif et créatif. Sur chaque communes du territoire diverses actions seront mise en place dans des lieux variés (école, médiathèque, espace jeux…) et sous différentes formes (conférences, ateliers communication pour les parents, ateliers cuisiner en famille…).

La charte sera accompagnée d’une mallette pédagogique, sur laquelle nous travaillons actuellement, et qui proposera des solutions, des pistes et des conseils diversifiés pour aider chaque personne à mieux comprendre l’importance de respecter les besoins des enfants.

Coralie – Je sais déjà que beaucoup de jeunes parents qui travaillent à une relation harmonieuse avec leur enfant y trouvent un encouragement, une validation ou une reconnaissance ! Ce n’est pas rien ! Ils en ont besoin ! Je côtoie beaucoup de parents qui n’ont pas été aimés dans leur enfance et qui travaillent sur leurs manques, pour pouvoir donner le meilleur à leurs enfants ! Pour moi, ce sont de véritables héros et on n’en parle pas assez ! Il ne s’agit pas d’être un parent parfait ! Mais un parent conscient, qui accueille la remise en question plus sereinement, qui cherche à faire différemment. C’est absolument nécessaire de voir fleurir des lieux qui offrent une écoute réelle aux difficultés et frustrations que peuvent vivre les parents et qui leur apportent des solutions concrètes. Beaucoup aimeraient faire mieux mais manquent de soutien, de moyens, de confiance. Adopter cette charte, c’est reconnaître les besoins qui en découlent !

Cette « Charte de la bientraitance » sera point de départ de plusieurs créations ponctuelles, d’expositions, avec la participation d’écoles, il y a aussi la réalisation de 12 vidéos sur les communes, une création musicale, pourquoi pas avec une école de musique, des ateliers et conférences. On a mis en place un programme très riche artistiquement et humainement !

Avez-vous des projets futurs en vue ? Un souhait pour la suite de cette démarche ?

Flavie – La mise en place d’ateliers, pour aider les personnes accompagnant des enfants à trouver des alternatives à l’éducation classique et basculer vers un accompagnement respectueux des rythmes et personnalités, positif et coopératif. Nous comptons sur l’effet boule de neige pour donner l’impulsion à d’autres citoyens souhaitant faire de même dans leur ville.

Coralie – Que d’autres personnes utilisent l’expérience que l’on va mener pour créer leur propre projet dans leurs propres communes ! On travaille à rendre cela accessible pour 2020 ! Nous avons déjà quelques éventuels porteurs de projets dans d’autres régions française et le précieux soutien d’une député du Parlement Européen mais aussi un parrain investi : l’animateur Thierry Beccaro ! Parvenir à bannir toute forme de violence à l’égard des enfants, c’est la base ! Épargner la violence aux enfants, c’est un minimum !

Pouvez-vous vous présenter brièvement ?

Flavie – Assistante maternelle depuis 1 an et demi, je suis investie dans diverses associations en lien avec la petite enfance. Je milite depuis plusieurs années pour l’abolition des violences éducatives ordinaires. Je suis convaincue qu’un accompagnement positif et bienveillant qui valorise la coopération, l’écoute et le respect ont plus de chance de faire des enfants d’aujourd’hui, de futurs adultes respectueux des autres, d’eux-mêmes et de leur environnement : empathiques, curieux, et surtout, libres et heureux !

Coralie – Je mène des projets artistiques et des projets pédagogiques (de la maternelle au lycée) depuis 10 ans. Chacune de mes créations vient rendre compte d’un travail de fond. Sur la violence éducative, à travers le projet « les enfants fichus » . Mais aussi, plus récemment, sur l’image de soi, avec la série « gueules d’amour » réalisée en maison d’arrêt. Sublimer les différences et valoriser les émotions et les capacités humaines restent au centre de ma démarche.

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