Une commission de 18 experts spécialistes de l’enfance présidée par le neuropsychiatre Boris Cyrulnik ( dont Gilles Lazimi coordinateur des campagnes de Stop VEO a fait partie) a rendu un rapport très complet faisant un état des lieux de constats, connaissances scientifiques, besoins et propositions concrètes dans le but de promouvoir la santé et le développement harmonieux des jeunes enfants, tout en accompagnant les parents au plus près de leurs besoins depuis la grossesse jusqu’aux 2 ans de l’enfant, soit sur environ 1000 jours. Nous savons maintenant que cette 1ère phase du développement de l’enfant est essentielle pour poser des bases sécurisantes favorisant le développement global de l’enfant tant sur le plan physique, psycho-affectif, émotionnel et cognitif.

Parmi toutes les propositions, nous nous réjouissons que certaines soient directement en lien avec la lutte contre les violences éducatives ordinaires ou VEO et la promotion d’une éducation sans violence, dans le respect des besoins de l’enfant et de ses droits :

-Tout un passage aborde les violences intra-familiales et les violences éducatives ordinaires en précisant la nécessité de sensibiliser les parents et les professionnels aux effets délétères des VEO sur le développement physique et psychologique de l’enfant tout en faisant  connaître la loi de juillet 2019 qui modifie l’article 371-1 du code civil en déclarant  que « l’autorité parentale s’exerce sans violence physique ou psychologique ». 

Des campagnes d’informations auprès du grand public par différents supports (médias et espaces publiques) sont recommandées et sensibiliseraient à différents thèmes dont les VEO. Le rapport précise à ce sujet la nécessité de travailler sur l’ensemble des stéréotypes liés à la parentalité dans les médias. 

Plus spécifiquement envers les parents, la commission propose un accompagnement appelé « parcours des parents » coordonné par un  référent et jalonné par des RDV dès le 4ème mois de la grossesse avec  l’entretien prénatal précoce constituant une écoute et une évaluation des besoins de parents tout en apportant des informations sur les besoins et le développement de l’enfant ainsi que des ressources mobilisables. La préparation à la naissance comprendrait  également ces thématiques, ainsi que les visites médicales obligatoires en lien avec le carnet de santé qui serait enrichi d’informations sur les capacités et les besoins de l’enfant notamment en attachement sécurisant ainsi que du rappel de la loi d’interdiction des VEO.

Des programmes d’ateliers de parentalité gratuits sont également recommandés en complément et permettraient aussi d’aborder les besoins de l’enfant et des ressources pour les accompagner avec bienveillance.

Concernant les professionnels en contact avec des enfants, le rapport insiste sur l’importance qu’ils soient tous « solidement formés » et accompagnés, y compris les juges pour enfants, les professionnels de santé et du social ainsi que de l’ Education Nationale afin que tous aient les mêmes cadres de référence avec des connaissances scientifiques sur le développement de l’enfant et ses besoins notamment émotionnels cognitifs et sociaux. Il est précisé que les professionnels doivent être sensibilisés aux risques des VEO et pouvoir accompagner les familles sur ce problème de santé publique en insistant sur le fait que « tout coup porté sur un enfant est une violence ».

Pour les dispositifs d’accueil des jeunes enfants, le rapport préconise diverses mesures permettant de mieux répondre aux besoins et droits des enfants comme un taux d’encadrement généralisé à 1 adulte pour 5 enfants ainsi qu’ une harmonisation des projets éducatifs de qualité s’appuyant sur les chartes ministérielles, notamment la charte nationale de l’accueil du jeune enfant . Nous rappelons que cette dernière précise concernant les VEO : “L’enfant doit être protégé et respecté dans son intégrité. L’usage de la violence, physique, verbale ou psychologique, n’est pas une méthode éducative et a des conséquences sur le développement de l’enfant. Tout.e professionnel.le s’interdit, dans sa pratique, de recourir à la violence et aux humiliations.” 

En plus de bénéficier déjà de toutes les mesures citées ayant pour but de mieux répondre à leurs besoins, le rapport préconise des mesures au-delà des « 1000 jours » pour les enfants et les adolescents en demandant que les programmes des écoles collèges et lycées prévoient l’enseignement  des étapes du développement de l’enfant et de mettre en place partout des ateliers de renforcement des compétences psycho-sociales afin de renforcer notamment l’empathie et la prévention du harcèlement.

Nous ne pouvons que nous réjouir de ces propositions globalement ambitieuses et nécessaires pour permettre l’application de la loi d’interdiction des VEO n’ayant d’efficacité que si elle est accompagnée de mesures envers les parents, les professionnels et le grand public, favorisant ainsi une prise de conscience collective et la déconstruction d’idées reçues qui placent souvent l’éducation comme un rapport de pouvoir.

Nous approuvons également les recommandations au sein des écoles, collèges et lycées envers les enfants et les adolescents, en souhaitant que l’enseignement du développement de l’enfant soit associé à la promotion des droits de l’enfant et la connaissance de la loi interdisant les VEO.

Il ne reste qu’à souhaiter vivement que toutes ces préconisations soient réalisées, pour une prise en compte globale des besoins de l’enfant dans tous les dispositifs le concernant, à l’instar des mesures déployées dans les pays nordiques et ayant porté leurs fruits en complément de la loi d’interdiction des châtiments corporels.

 

Par Séverine VARIN et Valérie MORENNE