La réponse à cette question relève du bon sens et je vais essayer d’expliquer pourquoi :

Lors d’une soirée, un copain me rapporta que dans l’école de ses enfants, un employé de mairie sévissait à l’heure du déjeuner, terrorisant littéralement les jeunes écoliers. Les parents d’élèves avaient réussi à faire muter cet homme, il travaillait toujours auprès des petits, mais avec une autre affectation et en faisant apparemment moins de dégâts. Ce copain m’avait confié tout cela, car il était certainement au courant de mon combat contre les VEO et devait savoir qu’il rencontrerait une oreille attentive et compatissante en ma personne.

Toutefois, quelques années auparavant, ce même copain m’avait raconté avoir donné une « grosse fessée » à sa jeune fille, car celle-ci pleurait, ne voulant pas quitter une fête foraine. Il avait accompagné le récit d’un rire gras et sincère.

Il y a fort à parier que le tortionnaire de ces bambins ait – lui aussi – subi des actes de ce type, plus ou moins fréquemment, plus ou moins intensément, par un ou plusieurs adultes, quand il était enfant…

En effet, aujourd’hui, plus personne ne devrait ignorer que les violences subies dans l’enfance ont pour première conséquence le fait que ces enfants agressés utiliseront plus facilement que les autres, à leur tour, ces comportements abusifs à l’encontre, généralement, des personnes plus faibles et/ou dépendantes d’eux. Au-delà de toutes les études scientifiques qui en témoignent, la preuve nous est donnée par les parents favorables à la VEO eux-mêmes, lorsqu’ils disent « J’en ai reçu et je ne suis pas mort ». L’argument ultime qui justifierait à leurs yeux l’innocuité des châtiments corporels. Mais revenons à l’employé de mairie qui terrorisait les écoliers et aux parents qui, à juste titre, s’en sont inquiété et posons-nous la question : la violence est un lourd héritage que seul une minorité arrive à remettre en question.

Et les autres ?

Qui sont ces gens qui n’en sont pas morts…
… et qui perpétuent, soutiennent, approuvent la violence éducative ?

Où pouvons-nous retrouver ces enfants devenus adultes qui ont subi des actes allant du châtiment corporel aux menaces, aux privations en tout genre, aux punitions, au retrait d’attention, aux mises au coin et ainsi de suite ? Partout ! Vous les rencontrerez peut-être à travers votre collègue de travail qui complotera dans votre dos pour cacher son erreur et vous en attribuer la faute (par crainte d’être puni), ça pourrait être votre chef qui aura un inexplicable (à vos yeux) et malsain plaisir à vous humilier. Ou encore le chauffeur de la voiture qui n’a pas vu que le feu passait au rouge et qui préfère vous agresser verbalement ou physiquement plutôt que signer le constat.

Vos parents les retrouveront peut-être dans leur maison de retraite, ou même vous, dans quelques années, et ces employés que l’on a laissé crier, submergés par leurs émotions quand ils étaient petits, les laisseront crier de désespoir sans s’en soucier, écho de ces pleurs non écoutés, gravés à jamais dans leur vécu.

Et puis, bien sûr, vos enfants iront à reculons à l’école ou à la crèche, car leur éducateur est un tantinet sadique. Et vous ne le saurez peut-être jamais, ou peut-être trop tard.

Nous sommes tous, un jour ou l’autre, victimes directes ou indirectes de la violence éducative ordinaire.

Les violences subies dans les foyers ou ailleurs par les enfants nous concernent tous. Alors que 75% des adultes sont en faveur de fessées et compagnie, il faudrait qu’on soit autant à militer contre ce fléau. Il n’y a que comme ça que les gens qui nous entourent changeront. Il n’y a que comme ça qu’on confiera avec plus de sérénité nos parents âgés ou nos enfants à un tiers. Il n’y a que comme ça que la société sera le lieu paisible et serein, qu’elle devrait déjà être pour tous.

A.M.